Economie et politique : les gilets jaunes

L’économie et la finance ont envahi la sphère politique, pour le meilleur et pour le pire.

Si l’on veut pouvoir continuer à discuter paisiblement et construire une vision pour l’avenir, il est nécessaire de faire la différence claire entre économie et politique. A ce sujet, il est vivement recommandé de lire Jean Tirole : ‘Economie du bien commun’ – PUF 2016.

La crise des ‘gilets jaunes’ en France est un exemple de la nécessité de faire la part des choses. Le constat économique fait par les gilets jaunes est simple et parfaitement entendable : “Nous n’arrivons pas à boucler nos fins de mois décemment”. C’est vrai ne nombreux français vivent sous ou aux alentours du seuil de pauvreté. A cela s’ajoute la fragilité de leur situation avec notamment un fort risque de perte d’emploi pour les personnes les moins qualifiées, une possible fin de période d’allocation chômage pour les demandeurs d’emploi, etc. Le constat ou le diagnostique économique est assez simple, et il est assez généralement partagés.

A titre de rappel, l’économie étudie les rapports entre les agents (particuliers, entreprises, associations, collectivités, états…) qui commercent ou négocient entre eux, ainsi que les flux et stocks de biens et services que ce commerce engendre. L’économie a vocation à décrire des phénomènes humains observables, elle n’a pas vocation à en juger la vertu, la moralité ou la nécessité. 

Le problème se complique quand arrivent les revendications et propositions. Si la revendication “Macron démission” est d’une banalité consternante et ses arguments pseudo-démocratiques affligeants, on pourrait se demander pourquoi n’entend-on pas “Philippe démission”. Plusieurs raisons : (i) ça sonne moins bien, (ii) la croyance dans la toute puissance du Président de la République, et enfin (iii) ce serait beaucoup plus probable. On ne saurait négliger le goût pour réclamer très sérieusement des choses improbables, ce qui permet d’échouer sans honte, de maintenir longtemps le cap aussi peu pertinent soit-il et au final de continuer longtemps à râler contre le système. Bref, la facilité. 

Les autres revendications sont innombrables et difficiles à reformuler clairement, à classer, et à prioriser. La difficulté majeure pour le gouvernement est donc d’organiser une discussion voire une négociation faute de représentants capables de reformuler, classer et prioriser. A cela s’ajoute que dans une négociation politique ou sociale voire même dans le cas des négociations au sein de l’entreprise, le plus difficile n’est pas de négocier un compromis mais pour chaque négociateur de revenir auprès de sa base pour convaincre que le compromis obtenu est acceptable. Qui au sein de ce mouvement est capable de convaincre de l’acceptabilité d’un hypothétique compromis négocié ? Personne.

Dans son organisation actuelle, ce mouvement bien que légitimé par un diagnostique économique pertinent est sur le plan politique d’une incurie affligeante.

Conséquence de cette incapacité des gilets jaunes à négocier un compromis, le pouvoir exécutif entend ce qu’il peut entendre et fait une série de propositions (discours d’Emmanuel Macron lundi dernier), et les gilets jaunes les refusent en bloc. En termes de stratégie de négociation (on revient à l’économie), la tentation est grande pour l’exécutif de retirer ses propositions et d’attendre le début d’année quand auront lieu les consultations nationales dont devraient sortir des revendications plus précises. En effet, le gilets jaunes devront alors repartir de zéro et se battre pour obtenir des avancées à la hauteur de ce qui est sur la table. Et si l’exécutif choisit de les maintenir, c’est très probablement dans un esprit d’apaisement et dans une logique de service à une nation. 

Pourquoi les gilets jaunes refusent-ils les propositions qui sont sur la table ? Parce que leur organisation repose sur les réseaux sociaux où la première grande gueule qui a l’arrogance de les rejeter emporte tous les mous pour qui ça ne coûte rien de suivre alors que reconnaitre une avancée et envisager une possible sortie de crise serait prendre un risque vis-à-vis du groupe.

Quelle est la prochaine étape ? L’acte 5 de samedi prochain est un non-événement. Je ne vois pas ce qu’il peut apporter d’autre qu’un peu plus de crispation. Les mois et années qui vont suivre seront très importants car Emmanuel Macron a répondu aux revendications des gilets jaunes mais pas à leurs problèmes, ce qui est une autre histoire.

 

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