Le retour des communs

Note de lecture de « Le retour des communs – La crise de l’idéologie propriétaire », ouvrage collectif rédigé sous la direction de Benjamin Coriat, professeur de Sciences économiques à l’Université Paris13, et publié en 2015 aux éditions Les Liens qui Libèrent. Cet ouvrage a été publié avec le soutien de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

En 2009, l’Académie de Suède envoyait un double message au monde en choisissant Barack Obama, Prix Nobel de la paix, et surtout en décernant le Prix Nobel d’économie à Elinor Ostrom pour l’ensemble de ses travaux consacrés aux biens communs dont notamment son ouvrage de référence : « Governing the commons ». Ce second choix était un pavé dans la mare de la pensée unique économique néo-libérale. Aux frontières des sciences politiques et économiques, Elinor Ostrom a initié une véritable révolution de la pensée économique et l’ouvrage dirigé par Benjamin Coriat fait une synthèse relativement accessible, de ses travaux et des travaux plus récents qu’ils ont induits. Ce sujet des biens communs nous concerne directement dans la mesure où la biodiversité, un paysage, une forêt communale, une école, un FabLab sont souvent davantage des biens communs que des biens ou services publics.

Dans les cours d’économie classique, la propriété privée des biens apparait comme simple et absolue. On envisage couramment l’alternative à la propriété privée en définissant la notion de biens publics. Un bien public est un bien que l’on ne peut s’approprier et dont la consommation par un agent n’entrave en rien celle d’un autre : que j’écoute une émission de radio, n’empêche pas mon voisin d’en faire autant ; l’air était considéré comme un bien public tant qu’on ne se posait pas trop la question de sa qualité et des potentielles externalités des voisins.

Elinor Ostrom a identifié de nombreux biens qui se situent entre ces deux extrêmes. Elle a notamment étudié des zones de pêches exploitées par une collectivité de marins-pêcheurs. Aucun pêcheur ne peut s’approprier le bien commun mais tous sont responsables de sa gestion et notamment du maintien de sa capacité de renouvellement de la ressource. Apparaissent alors des stratégies de ‘passager clandestin’ (free rider) où un agent surpêche et fait supporter le coût induit à la collectivité. Elinor Ostrom a étudié les conditions d’une gestion durable de ces ressources. Un bien commun, n’est pas nécessairement public, et sa gestion est couramment confiée à une communauté ou un club.

La gestion des forêts communales s’apparente tout-à-fait à la gestion d’un ‘commun’. Une maison de santé, voire un hôpital local peuvent également relever de la notion de ‘commun’.

Dans l’ouvrage dirigé par Benjamin Coriat, on découvre que ces notions ont été abordées par un juriste français, Léon Duguit, dès le début du XXème siècle. On découvre également que la propriété aussi privée soit-elle ne confère bien souvent que des droits limités au propriétaire d’un bien, c’est pourquoi on préfère parfois le considérer comme dépositaire du bien.

Dans la lignée d’Elinor Ostrom, les auteurs ne sont pas de simples idéalistes ou idéologues, leur approche est parfaitement structurée et leurs analyses couvrent les succès, comme les échecs de projets de ‘communs’.

L’apparition du logiciel libre a obligé les économistes à approfondir leurs travaux sur le thèmes des ‘communs’.

Si l’on veut aborder collectivement des sujets tels que l’écologie et la préservation de l’environnement d’une part, ou la gestion du Web et l’appropriation des données personnelles d’autre part, ces concepts bien qu’assez théoriques, apparaissent rapidement essentiels à maîtriser.

Conseil de lecture : un bon pavé qui reste accessible à ceux qui s’accrochent. L’ouvrage comporte 4 parties et 12 chapitres relativement indépendants. Un lecteur avant tout soucieux de la gestion d’une collectivité locale, peut faire l’impasse sur la deuxième partie et sur les chapitres consacrés à l’internet.

Les Gilets Jaunes : un peu de lecture

J’ai déjà exprimé mon opinion à l’égard de ce mouvement et ma position a peu de raisons de changer. Mon scepticisme quant à la possibilité d’une issue rapide et collectivement satisfaisante me semble partagé.

Qui dans les corps intermédiaires, dans les médias, parmi les intellectuels, parmi les personnalités, qui travaille à créer les conditions d’un dialogue confiant entre un mouvement volontairement informe et un gouvernement aux règles protocolaires certes un peu rigides mais garantes d’une certaine forme de démocratie ? Au lieu de cela, chacun joue sa propre partie en ignorant parfaitement celle d’autrui et en se déresponsabilisant avant tout. En fait, nous sommes tous responsables.

On peut remarquer dans tout ça une position intéressante qui est celle de Laurent Joffrin dans sa lettre politique quotidienne publiée dans Libération. En effet, alors qu’on ne peut pas le taxer ‘macronisme’, il n’est pas davantage ‘Gilet Jaune’ et ainsi on trouve chez lui une analyse et des commentaires qui ont le mérite de le situer au-dessus du jeu.

Il y a une autre publication qui par nature nous offre un peu de hauteur, c’est la revue en ligne The Conversation.

Ruralité : quel avenir ?

René Souchon, inspecteur général de l’agriculture, ex-président du conseil régional d’Auvergne, ancien secrétaire d’Etat puis  ministre délégué chargé de l’Agriculture et de la Forêt, a publié en février 2017 chez les Editions de l’Aube, un ouvrage intitulé : « Ruralité : quel avenir ? ». Ce titre est complété par un sous-titre : « Citadins, cela vous concerne aussi. »

Beaucoup de longueurs dans cet ouvrage, surtout pour le lecteur qui ne serait pas familier avec les acronymes de la fonction publique territoriale. La glorification du concept de comité de pilotage ne semble pas suffisant comme base théorique pour un tel ouvrage. Mais on retiendra surtout des exemples pratiques opérationnels.

Ainsi je recommande les anecdotes de la troisième partie ; elles sont essentielles car elles dépeignent des succès de développement rural.

Le chapitre sur la révolution numérique m’a laissé sur ma faim. Comme toujours on ne voit pas de révolution exceptionnelle, une transition est nécessaire. On peut craindre de voir les vaches, les personnes âgées et les détenus se promener avec le même bracelet électronique…

Le sixième chapitre et la conclusion se lisent plus facilement.

Si ce livre a une qualité, c’est bien celle de montrer par l’exemple que les territoires qui ont choisi de prendre en main leur avenir, réussissent des paris impressionnants. Il nous dit également les nouvelles complémentarités qui existent entre métropoles et espaces ruraux, bref nous avons autant de cartes en main que les autres territoires.

Le livre fait notamment référence à la mission « Nouvelles ruralités » dont voici le rapport.

Economie et politique : les gilets jaunes

L’économie et la finance ont envahi la sphère politique, pour le meilleur et pour le pire.

Si l’on veut pouvoir continuer à discuter paisiblement et construire une vision pour l’avenir, il est nécessaire de faire la différence claire entre économie et politique. A ce sujet, il est vivement recommandé de lire Jean Tirole : ‘Economie du bien commun’ – PUF 2016.

La crise des ‘gilets jaunes’ en France est un exemple de la nécessité de faire la part des choses. Le constat économique fait par les gilets jaunes est simple et parfaitement entendable : “Nous n’arrivons pas à boucler nos fins de mois décemment”. C’est vrai ne nombreux français vivent sous ou aux alentours du seuil de pauvreté. A cela s’ajoute la fragilité de leur situation avec notamment un fort risque de perte d’emploi pour les personnes les moins qualifiées, une possible fin de période d’allocation chômage pour les demandeurs d’emploi, etc. Le constat ou le diagnostique économique est assez simple, et il est assez généralement partagés.

A titre de rappel, l’économie étudie les rapports entre les agents (particuliers, entreprises, associations, collectivités, états…) qui commercent ou négocient entre eux, ainsi que les flux et stocks de biens et services que ce commerce engendre. L’économie a vocation à décrire des phénomènes humains observables, elle n’a pas vocation à en juger la vertu, la moralité ou la nécessité. 

Le problème se complique quand arrivent les revendications et propositions. Si la revendication “Macron démission” est d’une banalité consternante et ses arguments pseudo-démocratiques affligeants, on pourrait se demander pourquoi n’entend-on pas “Philippe démission”. Plusieurs raisons : (i) ça sonne moins bien, (ii) la croyance dans la toute puissance du Président de la République, et enfin (iii) ce serait beaucoup plus probable. On ne saurait négliger le goût pour réclamer très sérieusement des choses improbables, ce qui permet d’échouer sans honte, de maintenir longtemps le cap aussi peu pertinent soit-il et au final de continuer longtemps à râler contre le système. Bref, la facilité. 

Les autres revendications sont innombrables et difficiles à reformuler clairement, à classer, et à prioriser. La difficulté majeure pour le gouvernement est donc d’organiser une discussion voire une négociation faute de représentants capables de reformuler, classer et prioriser. A cela s’ajoute que dans une négociation politique ou sociale voire même dans le cas des négociations au sein de l’entreprise, le plus difficile n’est pas de négocier un compromis mais pour chaque négociateur de revenir auprès de sa base pour convaincre que le compromis obtenu est acceptable. Qui au sein de ce mouvement est capable de convaincre de l’acceptabilité d’un hypothétique compromis négocié ? Personne.

Dans son organisation actuelle, ce mouvement bien que légitimé par un diagnostique économique pertinent est sur le plan politique d’une incurie affligeante.

Conséquence de cette incapacité des gilets jaunes à négocier un compromis, le pouvoir exécutif entend ce qu’il peut entendre et fait une série de propositions (discours d’Emmanuel Macron lundi dernier), et les gilets jaunes les refusent en bloc. En termes de stratégie de négociation (on revient à l’économie), la tentation est grande pour l’exécutif de retirer ses propositions et d’attendre le début d’année quand auront lieu les consultations nationales dont devraient sortir des revendications plus précises. En effet, le gilets jaunes devront alors repartir de zéro et se battre pour obtenir des avancées à la hauteur de ce qui est sur la table. Et si l’exécutif choisit de les maintenir, c’est très probablement dans un esprit d’apaisement et dans une logique de service à une nation. 

Pourquoi les gilets jaunes refusent-ils les propositions qui sont sur la table ? Parce que leur organisation repose sur les réseaux sociaux où la première grande gueule qui a l’arrogance de les rejeter emporte tous les mous pour qui ça ne coûte rien de suivre alors que reconnaitre une avancée et envisager une possible sortie de crise serait prendre un risque vis-à-vis du groupe.

Quelle est la prochaine étape ? L’acte 5 de samedi prochain est un non-événement. Je ne vois pas ce qu’il peut apporter d’autre qu’un peu plus de crispation. Les mois et années qui vont suivre seront très importants car Emmanuel Macron a répondu aux revendications des gilets jaunes mais pas à leurs problèmes, ce qui est une autre histoire.

 

Un blog pour partager quelques idées

Je lance ce blog pour rassembler et partager quelques idées et commentaires sur l’actualité. L’observation de la société depuis un petit village de la Nièvre peut parfois déboucher sur des opinions originales et j’espère que le lecteur aura plaisir à les consulter.

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Bonne lecture.